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Une sculpture où des volumes pleins, évasés comme des pavillons, se tiennent les uns aux autres par de véritables maillons de céramique. Sagittaire joue sur le lien et la tension : chaque anneau a été façonné un à un, puis emboîté dans le précédent, pour relier des formes qui semblent à la fois s’attirer et s’écarter.
Le grès noir brut, à la peau sablée et minérale, accroche la lumière. Aussi large que haute, la pièce s’affirme comme une présence à part entière, à poser et à regarder sous tous les angles. Pièce unique modelée au colombin.
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Lucile CRAMPE
À travers ses sculptures en grès, Lucile CRAMPE explore la matière de façon intuitive. Ses formes libres, entre poésie et tension, donnent naissance à des pièces uniques qui instaurent un dialogue silencieux avec le regard et invitent à ressentir plutôt qu’à comprendre.
Lucile Crampe travaille le grès de façon instinctive : c’est la matière qui mène la création, plus que l’idée de départ. Sagittaire est née de ce dialogue entre intention et imprévu, dans un grès noir profond, dense et minéral. La forme n’a pas été dessinée puis exécutée : elle a émergé du modelage, en laissant les volumes s’évaser, se resserrer et s’équilibrer. Rien n’est lissé ni figé — la pièce garde la trace du geste qui l’a fait naître.
Ce qui singularise Sagittaire, c’est le lien. Plutôt que de souder ses volumes, Lucile les relie par de vrais maillons de céramique, façonnés un à un puis emboîtés les uns dans les autres avant cuisson. Ces anneaux mobiles, qui doivent traverser le séchage et deux cuissons sans rompre, tiennent de la prouesse : ils introduisent une tension entre les formes, comme si elles se retenaient mutuellement. La sculpture devient un jeu d’attraction et d’écart, où chaque volume répond au suivant.
La peau de la pièce occupe une place centrale. Le grès noir, laissé brut, présente une texture sablée, légèrement rugueuse : la chamotte incorporée à la terre — de la terre cuite broyée, ajoutée à la pâte — lui donne ce grain qui accroche la lumière et révèle les reliefs des volumes. Selon l’éclairage, la matière passe du noir mat au gris minéral. Cette finition brute, sans émail, renforce le caractère organique et terrien de la sculpture et invite autant le regard que la main.
Aussi large que haute, Sagittaire n’a pas de face unique : elle se découvre en tournant autour d’elle, chaque angle révélant un nouvel emboîtement de volumes et de maillons. Posée sur une console, une enfilade ou un socle, elle s’installe comme une forme autonome, qui dialogue avec l’espace sans le surcharger. C’est une pièce pour qui cherche une sculpture contemporaine de caractère, fidèle à la matière et au geste, plutôt qu’un objet décoratif lisse.
Sagittaire est montée au colombin : des boudins de terre superposés et lissés à la main élèvent chaque volume, sans tour ni moule. Les maillons sont eux aussi façonnés à la main, puis assemblés un par un au bon stade de séchage, ni trop tendres ni trop secs, pour pouvoir s’emboîter sans se déformer. La pièce passe ensuite par deux cuissons, à 980 °C puis 1240 °C, qui vitrifient le grès et fixent définitivement les liaisons. Les tensions, les déséquilibres et les petits accidents de la terre sont assumés et intégrés, jamais corrigés.
C’est pourquoi Sagittaire est une pièce unique. La silhouette des volumes, le grain de la surface, l’emboîtement exact des maillons ne se reproduiront pas à l’identique. Ces variations ne sont pas des défauts : elles sont la signature du fait-main et la raison d’être de la pièce.