Céramique

LA TERRE, LE GESTE ET LE FEU

La céramique, c’est l’art de transformer une simple terre en objet durable par le feu.

Selon la terre : faïence, grès ou porcelaine, et la manière de la façonner : au tour, à la main ou par coulage, elle donne aussi bien un bol du quotidien qu’une pièce sculpturale.

Chez Fossette, chaque céramique est façonnée à la main, dans l’atelier d’un créateur de la région.

Hands of person making jar out of clay, view from above
Hands of person making jar out of clay, view from above
COMPRENDRE LA TECHNIQUE

Façonner : tour, main ou coulage

Tout commence par le choix de la terre, car chacune a son caractère : la faïence, tendre et poreuse, cuite à basse température et se pare d’émaux colorés ; le grès, dense et résistant, se vitrifie à haute température jusqu’à devenir imperméable ; la porcelaine, la plus fine et la plus blanche, peut même devenir translucide.

La terre choisie, on la prépare : on la pétrit longuement, un geste répété, en poussant la motte puis en la ramenant, jusqu’à former peu à peu une spirale en « tête de bélier ». Ce battage chasse les bulles d’air, une seule suffirait à faire éclater la pièce au four, et homogénéise la matière.

Vient ensuite le façonnage, selon trois grandes voies. Le tournage, sur un tour qui fait monter la pièce sous la pression des mains. Le modelage, entièrement à la main, au colombin (des boudins de terre superposés), à la plaque (des dalles d’argile aplaties puis assemblées) ou au pincé (une boule d’argile creusée et amincie entre les doigts). Et le coulage, où une terre liquide, la barbotine, est versée dans un moule en plâtre.

Du stade cuir à l’émaillage en deux cuissons

Façonnée, la pièce atteint le stade dit « cuir » : la terre a alors la fermeté du cuir, assez raffermie pour être manipulée sans se déformer, mais encore assez humide pour être retravaillée. C’est le moment des finitions, qui varient selon la pièce et la main du céramiste : on peut la tournasser (affiner la base et les courbes, délimiter le pied), y graver un décor, poser des anses, apposer sa signature. Chaque céramiste choisit celles qui servent sa pièce : un parti pris où la sobriété vaut autant que le geste le plus ouvragé.

La pièce sèche ensuite de part en part près d’une semaine avant la première cuisson dite « biscuit », d’environ 12 h à 980 °C : la pièce devient solide mais reste poreuse.

On l’émaille alors, une poudre mêlée d’eau posée au trempage, à la burette ou au pinceau, puis on la cuit une seconde fois, environ 15 h à 1 280 °C : l’émail se vitrifie et rend la pièce imperméable. À chaque cuisson, la terre rétrécit d’environ 10 % d’où la difficulté des grandes pièces.

Fossette-technique_arts_et_artisanat_ceramique_5

LE SAVOIR-FAIRE DES CÉRAMISTES

Graver, assembler : les gestes qui se méritent

Au-delà du façonnage, certains gestes se méritent. Graver la terre à la pointe ou au couteau, c’est inciser un décor à main levée et plusieurs voies s’offrent au céramiste.

Dans le sgraffito, on recouvre la pièce d’un engobe, une terre liquide colorée, puis on gratte cette couche pour faire réapparaître la teinte de la terre en dessous : le motif surgit par contraste. Le mishima procède à l’inverse : on grave d’abord le dessin en creux, on le remplit d’un engobe contrastant, puis on essuie l’excédent, la couleur ne reste que dans les sillons, incrustée dans la matière. Cette écriture fine, peu de céramistes la maîtrisent, et elle devient leur signature.

D’autres tournent leurs pièces puis assemblent des dizaines d’éléments pour bâtir des formes presque sculpturales, une virtuosité qui se lit jusque dans le moindre raccord. Chez Fossette, Juliane Leray en a fait sa signature : elle tourne une multitude d’éléments, puis les assemble un à un jusqu’à des formes presque architecturales.

Fossette-technique_arts_et_artisanat_ceramique_6

Décorer et révéler la matière

Le reste se joue à la surface, et les voies sont nombreuses.

L’émail d’abord, une fine couche vitreuse qui, à la cuisson, fond et fige : elle habille le grès brut d’une brillance profonde, mais peut aussi rester mate ou satinée, se marbrer, couler ou se craqueler à dessein. C’est là que le feu surprend le plus, car chaque oxyde y révèle sa couleur.

L’engobe, lui, se pose dès la terre crue : cette barbotine colorée donne des aplats francs et mats, que l’on superpose ou grave.

L’estampage imprime un motif en relief, en pressant la terre sur une plaque gravée ou un tampon.

Et le décor peint à la main, enfin, se travaille au pinceau, pigment par pigment, patiemment, pièce par pièce. Chez Fossette, Martine Desvaux peint ses décors à la main, motif après motif, dans un esprit tropical.

Fossette-technique_arts_et_artisanat_ceramique_7

La porcelaine, de la gravure à la lumière

La porcelaine ouvre un terrain à part. La plus pure et la plus blanche des terres est aussi la plus exigeante : peu plastique, elle se déforme et se fend volontiers, et sa cuisson à très haute température multiplie les pertes. Mais cette blancheur fait éclater les couleurs, et sa finesse autorise une gravure d’une précision qu’aucune autre terre ne permet, chaque trait, chaque hachure y ressort nettement. Chez Fossette, Fanny Pinel y transpose ses gestes de graveuse, au sgraffito.

Travaillée en couches très fines, la porcelaine devient même translucide à la cuisson : la lumière la traverse. Certaines de ses pièces gravées se font alors luminaires, où le décor ne se révèle pleinement qu’une fois la pièce éclairée de l’intérieur, certains détails n’apparaissent qu’à la lumière.

CE QUI FAIT UNE CÉRAMIQUE

La terre a le dernier mot

En céramique, rien n’est joué tant que le four n’a pas parlé : la terre se rétracte, l’émail réagit à sa façon, et d’une même série naissent des pièces presque semblables, jamais tout à fait identiques. C’est cette part d’imprévu, apprivoisée par des années de pratique, qui fait la valeur de chaque pièce, et qu’aucune fabrication industrielle ne sait reproduire.