Façonner : tour, main ou coulage
Tout commence par le choix de la terre, car chacune a son caractère : la faïence, tendre et poreuse, cuite à basse température et se pare d’émaux colorés ; le grès, dense et résistant, se vitrifie à haute température jusqu’à devenir imperméable ; la porcelaine, la plus fine et la plus blanche, peut même devenir translucide.
La terre choisie, on la prépare : on la pétrit longuement, un geste répété, en poussant la motte puis en la ramenant, jusqu’à former peu à peu une spirale en « tête de bélier ». Ce battage chasse les bulles d’air, une seule suffirait à faire éclater la pièce au four, et homogénéise la matière.
Vient ensuite le façonnage, selon trois grandes voies. Le tournage, sur un tour qui fait monter la pièce sous la pression des mains. Le modelage, entièrement à la main, au colombin (des boudins de terre superposés), à la plaque (des dalles d’argile aplaties puis assemblées) ou au pincé (une boule d’argile creusée et amincie entre les doigts). Et le coulage, où une terre liquide, la barbotine, est versée dans un moule en plâtre.
Du stade cuir à l’émaillage en deux cuissons
Façonnée, la pièce atteint le stade dit « cuir » : la terre a alors la fermeté du cuir, assez raffermie pour être manipulée sans se déformer, mais encore assez humide pour être retravaillée. C’est le moment des finitions, qui varient selon la pièce et la main du céramiste : on peut la tournasser (affiner la base et les courbes, délimiter le pied), y graver un décor, poser des anses, apposer sa signature. Chaque céramiste choisit celles qui servent sa pièce : un parti pris où la sobriété vaut autant que le geste le plus ouvragé.
La pièce sèche ensuite de part en part près d’une semaine avant la première cuisson dite « biscuit », d’environ 12 h à 980 °C : la pièce devient solide mais reste poreuse.
On l’émaille alors, une poudre mêlée d’eau posée au trempage, à la burette ou au pinceau, puis on la cuit une seconde fois, environ 15 h à 1 280 °C : l’émail se vitrifie et rend la pièce imperméable. À chaque cuisson, la terre rétrécit d’environ 10 % d’où la difficulté des grandes pièces.