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Le corps s’étire à l’horizontale, tête posée sur le bras replié, l’autre bras tendu vers l’avant. Abandon est l’aquarelle d’un relâchement complet : plus aucune tension ne subsiste, le poids du corps repose entièrement sur le sol. Sylvain Fauconnier construit la figure en larges plages de rose chair, sans contour continu, et pose les cheveux et quelques ombres en bleu-gris. Au-dessus, un lavis rose étendu tient lieu d’espace et referme la composition. Le blanc du papier, laissé nu sur le dos et la hanche, apporte toute la lumière. Réalisée d’après modèle vivant, l’œuvre est signée et datée, et vendue encadrée sous verre.
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Sylvain FAUCONNIER
Sylvain Fauconnier, artiste illustrateur, réalise des dessins de nus au crayon, fusain et aquarelle. Inspiré par l’observation du vivant, il capture gestes, attitudes et émotions à travers un trait sensible, spontané et profondément humain.
Le nu n’est pas un sujet parmi d’autres : c’est l’exercice fondateur de l’apprentissage du dessin. Depuis la Renaissance, le travail d’après modèle vivant est au cœur de la formation, au point qu’en français le mot « académie » a fini par désigner le dessin de nu lui-même. La raison est simple : sans vêtement, rien ne masque la structure. On voit comment le squelette porte, où le poids se pose, comment la chair suit. Et comme chacun sait à quoi ressemble un corps, la moindre erreur de proportion saute aux yeux. Le nu couché forme à lui seul une lignée continue : la Vénus endormie de Giorgione, la Vénus d’Urbin du Titien, la Maja de Goya, l’Olympia de Manet, une horizontale qui appelle le repos et le silence.
Un mot sur le modèle. Le canon du beau corps n’a jamais tenu en place : Cranach peignait des silhouettes filiformes, Rubens une chair pleine et lumineuse au point que « rubénien » est passé dans la langue, Ingres allongeait les dos de ses odalisques, Renoir arrondissait ses baigneuses. Pour un dessinateur, un corps ample n’est pas un modèle difficile mais un modèle riche : plus de courbes, plus de transitions, plus d’endroits où la lumière roule avant de se rompre. Là où un corps mince donne de l’os et de l’angle, celui-ci donne du volume et du mouvement et c’est exactement ce que cette aquarelle est allée chercher.
Il n’y a presque aucune ligne fermée dans cette aquarelle. La silhouette n’est pas dessinée puis remplie : elle naît de la rencontre entre des plages de couleur et le blanc du papier laissé libre. Là où la lumière frappe : le haut du dos, la crête de la hanche, l’avant-bras tendu, le papier reste nu, et c’est ce vide qui dessine la forme. Faire porter le modelé par la couleur plutôt que par le trait suppose de savoir à l’avance où s’arrêtera chaque lavis, puisque l’aquarelle ne se reprend pas. Le format horizontal suit la même logique : le corps traverse la feuille d’un bord à l’autre, et le lavis rose posé au-dessus, qui ne représente rien, pèse sur la figure et la maintient au sol.
Abandon porte le prénom du modèle, la date de la séance et la signature de l’artiste. Elle est vendue encadrée sous verre dans un cadre en chêne massif clair, dont le passe-partout à large marge laisse respirer la composition et amène l’ensemble à 57 × 47 cm. C’est la plus grande des aquarelles de cette série : une œuvre de mur, à installer seule et de face, au-dessus d’une console, d’une tête de lit ou d’une assise.