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Un corps allongé de dos, saisi au plus près. Sylvain Fauconnier travaille ici au crayon de couleur : un rouge terre qui hachure les creux, un blanc qui appuie les crêtes éclairées le dos, la hanche, l’épaule, ce blanc étant repris à la gouache là où la lumière doit être la plus vive. Entre les deux, la teinte sable du papier n’est jamais recouverte : c’est elle qui porte toute la carnation, et c’est ce qui donne au dessin autant de relief avec si peu de matière posée. L’artiste a noté sur la feuille le prénom du modèle et la durée de la pose : quarante-cinq minutes. Réalisée d’après modèle vivant, l’œuvre est signée, datée et vendue encadrée sous verre.
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Sylvain FAUCONNIER
Sylvain Fauconnier, artiste illustrateur, réalise des dessins de nus au crayon, fusain et aquarelle. Inspiré par l’observation du vivant, il capture gestes, attitudes et émotions à travers un trait sensible, spontané et profondément humain.
Le crayon de couleur a mis du temps à quitter les trousses d’écolier. Ce qui l’a fait entrer dans les ateliers, c’est l’apparition de crayons de qualité artistique, et notamment ceux dont la mine est liée à l’huile plutôt qu’à la cire. Sylvain Fauconnier emploie ici des Polychromos, dont le liant huileux change tout : la mine reste dure, garde sa pointe et permet un trait précis, des hachures serrées, sans l’effet gras et brillant des crayons à la cire. Les pigments sont stables à la lumière et se superposent proprement, couche sur couche, pour construire le modelé. C’est un outil de dessinateur, pas de coloriste : il pense en valeurs avant de penser en couleurs, et c’est précisément ce que montre cette feuille, presque monochrome. Le rouge terre qu’il a choisi n’est d’ailleurs pas un hasard, il rappelle la teinte des sanguines dont on étudie le corps depuis la Renaissance, parce qu’aucune couleur n’est plus proche de celle de la chair
Le principe est celui du dessin sur papier de couleur : le papier fournit la valeur moyenne, le crayon rouge descend vers l’ombre, le blanc monte vers la lumière. Aucune de ces trois valeurs n’est fabriquée deux fois. Les crêtes du dos, de la hanche et de l’épaule reçoivent le blanc en touches franches, poussées à la gouache pour les points les plus lumineux ; les creux sont hachurés de rouge, puis fondus à l’estompe sur les surfaces plus douces ; et tout ce qui reste soit la majeure partie du corps est simplement du papier laissé nu. Cette économie est ce qui rend le relief aussi net à distance : le regard reconstitue le volume avec très peu d’informations.
L’artiste a inscrit sur le dessin, à la sanguine, le prénom du modèle, la durée de la pose et la date. L’annotation dit quelque chose de sa pratique : le dessin d’après modèle vivant se mesure en poses, et chaque durée appelle une technique. Quarante-cinq minutes, c’est une pose longue, assez pour installer les hachures et le modelé, trop peu pour hésiter.
Le choix de l’encadrement mérite d’être signalé. Un dessin dans ces tons chauds appellerait volontiers un cadre doré et un passe-partout crème ; celui-ci est présenté dans un cadre laqué blanc avec un passe-partout noir. Le noir fait ressortir la chaleur du papier sable au lieu de l’éteindre, et le blanc du cadre ramène le dessin du côté contemporain. Le passe-partout ne porte aucun filet rapporté : c’est la tranche de sa découpe, taillée en biseau, qui laisse apparaître le blanc de l’âme du carton et trace d’elle-même une fine ligne claire tout autour du dessin. Dune est signée, datée et prête à accrocher.